Les philosophes du Togo réfléchissent sur la relation entre l’homme et l’intelligence artificielle

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Les philosophes du Togo réfléchissent sur la relation entre l’homme et l’intelligence artificielle

Le 20 novembre 2025, à Lomé, la communauté universitaire togolaise a célébré la Journée mondiale de la Philosophie de manière active à l’Institut Supérieur Don Bosco (ISDB) sis à Akodessewa. Organisé par la Société Togolaise de Philosophie (SoToPhie), l’ISDB et le Département de Philosophie de l’Université de Lomé, ce colloque portait sur le thème : « Philosophie et IA : Contribution à la réflexion pour une IA au service de l’humain ». La question centrale posée était comment s’assurer que l’Intelligence Artificielle (IA) serve l’Homme, et non l’inverse. Les organisateurs ont voulu souligner l’importance de « penser l’IA, et non la subir ».

La journée a commencé par des discours solennels, précédés par la prière d’ouverture faite par le Père Boris TOGBE, Secrétaire Général de l’Institut. Monsieur Claude AMEVOR, Directeur des Études et Maître de Cérémonie, a ensuite introduit les discussions. Le message des intervenants était clair : dans un monde qui devient hybride, il est crucial d’investir dans les relations humaines. La Représentante de la SoToPhie a interpellé l’auditoire, indiquant qu’il appartient aux philosophes de trouver comment faire de l’IA un outil au service de l’humanité. Le Représentant du Doyen de la Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société (FSHS) a exhorté l’auditoire à « choisir la vie plutôt que la mort » de l’intellect.

Père Boris TOGBE, Secrétaire Général de l’ISDB
Dr Claude AMEVOR, Directeur des Études et Maître de Cérémonie

L’événement a su marier la rigueur académique et la sensibilité artistique. Le groupe de slameurs de l’institut a réussi à nous emporter au-delà des craintes en lançant un appel vibrant pour que : « Les cahiers ne se taisent pas à la place des algorithmes ».

Une présentation vidéo a souligné qu’à l’horizon 2030, près de 40% des métiers évolueront. Il est donc essentiel d’apprendre à utiliser l’IA pour ne pas être remplacé. Pour prospérer dans ce contexte, l’humain doit développer quatre qualités essentielles : la pensée critique, la communication, la créativité et l’adaptabilité. Le point culminant du colloque fut la conférence du Professeur Bilakani TONYEME, enseignant de philosophie politique à l’Université de Lomé. Introduit par le Professeur Bilina BALLONG en tant que modérateur, le conférencier s’est présenté en tant que “veilleur de la Cité” et a posé des questions fondamentales :

  • Est-il normal de parler d’intelligence artificielle ?
  • Est-ce qu’un artifice peut être intelligent ?

Le Professeur TONYEME a indiqué que l’IA, qu’elle soit classique ou générative, imite l’intelligence humaine pour des tâches spécifiques, mais n’est pas génératrice de valeurs. Même si l’on pense à une IA consciente, il a mis en garde contre l’”asthénie intellectuelle”, c’est-à-dire la tendance à ne plus penser par soi-même, soulignant que l’IA elle-même ne peut formuler d’opinions et peut commettre des erreurs. Selon lui, l’IA porte les valeurs de son concepteur, mais est amorale et dépourvue de valeurs intrinsèques. En se « déshumanisant pour laisser place à l’IA », l’humain risque de perdre sa liberté et de se laisser dominer, a-t-il indiqué.

Le conférencier a plaidé pour une intervention philosophique dans plusieurs domaines comme l’éthique et la légalité pour promouvoir l’élaboration d’une Charte d’utilisation de l’IA (présents dans certains pays) et de lois pour la protection des données. Il a aussi appelé à intensifier la sensibilisation et pour ce faire, le philosophe doit connaitre, ne serait-ce que les éléments basiques de l’IA.

L’importance de la culture du Livre a été illustrée par le groupe de théâtre de l’institut, soulignant que “les livres sont toujours là” et que l’IA est un outil, non une obligation.

Après une série de questions-réponses pour clarifier le débat, le Père Bernard GABA-DOVI, Représentant du Chancelier, a conclu la journée avec un message ferme : « L’IA ne doit pas nous déshumaniser ». La cérémonie s’est terminée par une prière finale, marquant la fin du colloque. La leçon de cette Journée mondiale de la Philosophie est que si l’IA offre d’immenses possibilités, elle ne peut et ne doit jamais remplacer l’esprit critique. La SoToPhie et ses partenaires appellent à une vigilance constante pour s’assurer que la technologie reste un outil au service du progrès humain.

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